Jeanne Viguié

VOYAGE EN ASIE DU SUD-EST
VIETNAM, LAOS ET CAMBODGE

         

Jeanne Viguié est diplômée d'une licence de Lettres et Arts, d'une licence d'Histoire de l'art et d'un Master de Gestion de projets culturels. Elle a récemment débuté sa carrière comme organisatrice d'expositions à Paris. Passionnée d'art, d'histoire et de culture, elle connaît bien les Balkans et aime voyager et découvrir de nouvelles contrées. Ses récits de voyages, riches et intéressants, relatent ses impressions de manière simple et sincère.

 

 

VOYAGE EN ASIE DU SUD-EST
VIETNAM, LAOS ET CAMBODGE


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PRÉPARATIFS

Départ pour Hô-Chi-Minh-Ville dans une vingtaine de jours ! Les choses s’accélèrent ! Tout doit être prêt pour mon premier saut dans le vide (à 24 ans il était temps). Les vaccins, la trousse à pharmacie préventive, le visa, le passeport, les sous-sous, les appareils électroniques, etc, je pars équipée telle une véritable bobo occidentale, mais je pars, et j’ai hâte de partir.
Ce blog me servira de carnet de voyage tout en permettant à ceux qui le veulent de me suivre (ou être rassurés) pendant mon périple (n’est-ce pas Maman, Papa, Pierre et Mady). Ci-dessous, mon sac d’aventurière, que j’espère être assez grand pour tout le voyage, ainsi que mes guides, et quelques fleurs pour faire une « jolie » photo (ça commence bien hein ?).

Le voyage commencera par le Vietnam, plus précisément par Hô-Chi-Minh-Ville (alias Saigon), où j’atterrirai le 12 octobre à 6h30 heure locale. Je pense y rester quelques jours, peut-être une semaine, histoire de prendre mes marques et d’avoir le temps d’explorer les environs. Notamment le delta du Mékong que je souhaite voir avant de m’aventurer vers le Nord du pays. Je longerai ensuite la côte, en direction des villes de Hôi An et de Hué, pour rejoindre la Baie d’Ha Long et finalement Hanoï. Mon séjour au Vietnam devrait durer entre trois et quatre semaines.
Concernant le Laos, je pense y rester moins longtemps, peut-être deux semaines. Je prendrai certainement un vol pour me rendre à Luang Prabang, puisque le trajet en bus depuis Hanoï dure 24 heures. J’irai ensuite visiter la capitale du pays Vientiane, avant de choisir entre me rendre directement au Cambodge à Siem Reap par avion, ou aller voir les 4000 îles dans le Sud du pays non loin de la frontière Cambodgienne (cf : options A ou B en rouge sur la carte).
La troisième étape du voyage, c’est-à-dire le Cambodge, débutera par les immanquables temples d’Angkor à Siem Reap. J’aimerais ensuite passer par Battambang avant de descendre vers Phnom Penh puis rejoindre la région côtière (Kep, Kampot, Sihanoukville). Mon itinéraire pour cette partie du voyage se précisera plus tard, puisqu’il s’agit de la dernière étape. Je devrais rester au Cambodge également entre trois et quatre semaines, avant de reprendre l’avion pour rentrer en France le 20 décembre à Phnom Penh.

VIETNAM

« Arrivée à Saïgon »

Je suis à Saïgon depuis deux jours. L’arrivée s’est très bien passée, aucun retard, embuche, perte de bagage, fausse adresse ou arnaque à déplorer. J’ai pu profiter des conseils d’Iman, qui était par hasard dans le même avion que moi et que j’ai rencontrée cet été à Paris, nous travaillions dans le même restaurant. Elle a passé un an ici il y a quelques années, elle a donc pu me donner des conseils et m’a permis de ne pas tomber dans le piège des taxis malhonnêtes à l’aéroport !

Concernant la découverte, je m’en prends plein la tronche. Saïgon est tellement agitée, bruyante et grouillante ! Je me sens toute petite dans cette ville qui compte plus de douze millions d’habitants (elle est pourtant considérée comme en retard face aux autres mégalopoles asiatiques… que devrait-on dire pour nos deux millions d’habitants à Paris intra-muros ?). La première chose qui frappe en arrivant, c’est évidemment la chaleur étouffante, même à 8h du matin.
La deuxième, ce sont les scooters ! Il semble qu’il y en ait autant que d’êtres humains si ce n’est plus. A une, deux, trois ou quatre personnes par monture, les Saïgonnais manient l’art du deux roues à la perfection. Les balades dans la ville sont rythmées par les klaxons perpétuels et la vigilance dont il faut faire preuve en traversant chaque rue. Détail amusant : le casque est apparemment devenu obligatoire depuis quelques années, mais pas n’importe quel casque, des casques de vélo ! Pas un seul de nos gros casques ergonomiques occidentaux à Saïgon, non, juste de petits casques dotés d’une simple bride, sagement portés par chaque utilisateur qui ne veut pas avoir de souci avec la police.

La troisième chose que j’ai remarquée, et à laquelle je m’attendais, est la pauvreté, alliée à la saleté dans la ville. Je crois ne pas avoir encore croisé une trop grande misère en n’étant arrivée depuis seulement deux jours, mais je m’aperçois déjà de l’écart économique immense qui existe entre certains Vietnamiens et moi. La maison dans laquelle je loue une chambre est située dans le district 1, soit un des quartiers touristiques de Saïgon. Pourtant, le passage dans lequel elle se trouve est habité par une population apparemment très pauvre, qui vit dans de petits appartements (ou devrais-je dire des cagibis ?) donnant sur la rue, faits de planches et de taule. Leurs affaires, leurs cuisines, leurs « salons », sont à l’extérieur, dans la rue, à même le sol. Il suffit de traverser la rue suivante pour tomber sur des cafés et restaurants « chics », fréquentés par des Vietnamiens plus aisés, à l’apparence branchée. La vie sociale vietnamienne, ou du moins saïgonnaise, qui s’organise dehors, sur tous les trottoirs de la ville, semble contribuer à une certaine cohabitation des classes.

A part cela, la ville est vaste et je suis ravie de découvrir différents coins et ambiances au cours des promenades. Chaque rue est remplie d’odeurs, de brics à brac, de scooters garés et d’immeubles variés. Il est très agréable de se balader seule, en étant une jeune femme, sans se faire reluquer ou embêter. Cela me change du métro parisien ! Je n’ai croisé aucun regard mal placé pour le moment, simplement des sollicitations commerciales parce que je suis une touriste.

Le seul point qui me « déçoit » (c’est un bien grand mot), concerne l’architecture, l’aspect de la ville. J’aime beaucoup l’ambiance qui y règne et cela suffit à délecter mes sens d’exploratrice (oui, là aussi c’est un bien grand mot), mais sa beauté « physique » ne m’a pas frappée, ou du moins pas encore.

Je reste encore trois jours à Saïgon, puis j’irai en bus à Can Tho, pour passer trois jours dans le delta du Mékong plus au Sud, avant de repasser par Saïgon et de démarrer la route vers le Nord !

« De Saïgon à Can Tho »

Ce soir je suis à Can Tho, une ville du delta du Mekong dans le Sud du pays. J’y suis arrivée avant-hier. Avant cela, j’ai encore profité de Saïgon pendant deux autres jours. J’ai arpenté quelques quartiers, mais j’ai rapidement commencé à avoir mal à une plaie sur le pied qui semblait s’infecter. Cela m’a pas mal handicapée et me gêne encore actuellement. Mais passons ! J’ai notamment visité le musée des Beaux-Arts de Saïgon, et je dois dire que c’est assez… étonnant. Dans trois grands bâtiments de style colonial, quelques sculptures antiques et surtout beaucoup de peintures modernes vietnamiennes se battent en duel… Les salles sont presque vides, les murs délabrés, les fenêtres grandes ouvertes sur l’humidité et la poussière de la ville, et les œuvres sont à portée de main. Quelques gardiens éparpillés dans les couloirs déserts font la sieste ou jouent sur leur téléphone. Je dois dire que la peinture moderne vietnamienne ne m’a pas emportée plus que ça, j’ai même croisé un certain nombre de « croutes », il faut bien le dire. Mais ce musée avait quelque chose de mystérieux et d’un peu décalé, posé là, silencieux, au milieu du désordre saïgonnais.

La dernière journée à Saïgon a été peu réjouissante puisque mon pied m’a empêchée de trotter où je le souhaitais. N’en pouvant plus d’ennui vers le soir (il fait nuit à 17h30 ici), j’ai décidé de partir marcher malgré mon pied endolori pour une grande balade nocturne en direction du quartier Binh Thanh au Nord de la ville. J’ai encore une fois pu sentir le battement continuel de cette immense ville. Certains passages m’ont plongée dans une atmosphère particulière, dans des rues moches traversées par des flux intenses de circulation. J’ai tout de même trouvé un petit café sympathique dans lequel j’ai diné avant de rentrer me coucher (et soigner ce foutu pied !).

Le lendemain marquait mon premier voyage vers une autre destination : Can Tho ! J’ai pris un bus couchette, à 14h, mais couchette quand même. C’est d’ailleurs merveilleux de faire 3h30 de bus en plein jour en étant allongée à côté de la fenêtre pour regarder défiler les paysages de la campagne vietnamienne !

En arrivant à Can Tho, la première mésaventure/déception du voyage a eu lieu. La chambre que j’avais prise sur Airbnb se trouvait dans une sorte de petit hôtel d’une zone commerciale éloignée du centre-ville. Les hôtes étaient adorables, la chambre propre, mais voilà, je ne m’y sentais pas à l’aise. La fatigue accumulée, la douleur au pied, la rencontre avec des chiens errants un peu énervés, et le diner seule dans un restaurant douteux de la zone commerciale ont fini de me décourager. J’ai quitté le lendemain matin cette guesthouse en prétextant devoir rejoindre des amis ailleurs, pour une guesthouse du centre-ville très mignonne et surtout proche de ce que je voulais voir. Bref, ce que je redoutais un peu en quittant Paris s’est produit : un gros coup de blues et de solitude. Je me suis reprise depuis et je compte bien sortir un peu plus des sentiers battus à l’avenir, mais ne nous précipitons pas, à chacun son rythme, et à moi celui de la tortue !

A part cela, Can Tho est une ville de province, un peu charmante mais sans grand intérêt culturel. Rien à voir avec le bouillonnement de Saïgon. Le marché en centre-ville, le long du fleuve, est intéressant et évoque les marchés flottants de la région, que je n’ai malheureusement pas pu voir. J’aurais aimé faire un tour de bateau sur le Mekong mais tout était complet ou hors de prix… Dommage, j’aurais voulu me croire dans l’un des romans de Duras, ce sera pour une autre fois, puisque je quitte Can Tho et le delta du Mekong demain déjà. Je repasse par Saïgon pour une nuit, puis direction la mer, vers la plage de Mui Ne. Une excellente nouvelle est arrivée aujourd’hui : David me rejoint au Cambodge fin novembre !

« Mui Né et Nha Trang »

J’ai voulu voir la mer, et bien je l’ai vue. A Mui Né en premier lieu. Après une nuit de passage à Saïgon, j’ai pris un nouveau bus direction la station balnéaire préférée des Russes au Vietnam. Les écriteaux des commerces et les menus des restaurants sont quasiment tous écrits en cyrillique, et les énormes complexes hôteliers de luxe qui bordent la plage sont remplis de Russes. La plage est magnifique, mais elle est bien le seul réel intérêt de Mui Né, du moins de ce que j’ai eu le temps d’en voir. Je logeais en revanche dans un adorable petit bungalow entre les bananiers et les cocotiers, un peu éloigné de la plage, tenu par un gentil monsieur, et pas cher du tout (7 euros pour deux nuits !). J’ai d’ailleurs eu l’occasion de croiser un soir l’araignée la plus grosse que je n’ai jamais vue, sur le mur extérieur de mon bungalow… Une sorte de bébé mygale…
J’ai bien mangé à Mui Né, et il fut très agréable de se baigner sur une telle plage, difficilement accessible aux pauvres gens comme moi qui ne logent pas dans l’un des hôtels de luxe formant bout à bout une espèce de barrière infranchissable, face à laquelle seules quelques ruelles ont résisté et permettent un accès un tant soit peu démocratique à la mer.

Depuis Mui Né, j’ai pris un autre bus pour me rendre à Nha Trang, ville balnéaire encore plus importante. La route, que j’ai encore une fois pu admirer par la fenêtre du car, allongée sur mon siège-couchette, longe la mer un certain temps et traverse des dunes de sable ainsi que des plaines bordées de montagnes. Nha Trang, en arrivant le soir, ne m’a pas transcendée. Encore plus de touristes Russes, et pas seulement Russes. J’avais cette fois réservé un lit dans un dortoir mixte, et me suis retrouvée avec deux jeunes hommes allemands ou américains, je ne sais pas, ils parlaient les deux langues à la perfection, mais l’anglais avec un accent très très américain et très très agaçant (à coups de « AH MY GAAAAAAAAD », etc.).

A Nha Trang, j’ai visité le temple Po Nagar, juché au bord du fleuve qui se jette dans la mer, au Nord de la ville. Il s’agit d’un temple cham construit au VIIIème siècle pour honorer la déesse Yan Po Nagar. A condition d’être « correctemet » vêtus, les visiteurs sont autorisés à entrer dans chacun des bâtiments qui composent le temple, notamment le plus grand au centre, qui renferme un autel dédié à la déesse, au-devant duquel les fidèles déposent des offrandes. Des spots éclairent outrageusement l’idole parée de milliers de pierreries multicolores et entourées d’abondants plateaux de fruits, tandis que les murs et le plafond sont peints en noir. L’opaque fumée des encens trouble la vision et va s’accumuler dans les hauteurs du temple, plongeant l’espace dans une apparente infinité noire, au-dessus de l’éclatante statue.

Suite à cette belle visite, j’ai déjeuné sur la plage puis j’ai tenté de profiter de la fin d’après-midi sur cette même plage. Mais trop de touristes, trop de bruits, et surtout un jeune homme vietnamien trop insistant pour prendre une photo de moi !

Le lendemain matin tôt, sous une pluie torrentielle, j’ai quitté le dortoir pour prendre un avion à l’aéroport de Nha Trang-Cam Ranh à destination de Da Nang, au centre du pays. Depuis Da Nang, j’ai pris une navette qui m’a déposée à Hoi An, somptueuse ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, dans laquelle je me trouve ce soir. Je suis émerveillée par cette ville, que j’ai hâte de décrire dans un prochain article, une fois que je l’aurai davantage explorée.
Concernant mes émotions et sensations de voyage, j’apprécie de plus en plus d’être seule et maîtresse de mes décisions. Ma concentration n’étant prise par presque aucune conversation, j’observe avec peut-être plus d’attention que si j’avais été accompagnée. J’observe notamment les Vietnamiens que je croise, et je me plais à imaginer leurs vies, leurs habitudes, à la fois différentes et semblables aux miennes. Je suis également fascinée par l’idée que nous soyons si nombreux sur cette planète, que tant d’existences parallèles s’écoulent, chaque jour, chaque seconde, partout sur Terre. Nous sommes tous un monde à nous seul, un univers singulier, unique, pourtant noyé et dilué dans un flot immense de vies similaires.

« Hoi An »

Quel ravissement que cette ville ! Le long d’une rivière non loin de la mer de , Hoi An s’étend dans un arc-en-ciel de lanternes et de petites maisons colorées. Aucun building ici, et quand la nuit tombe, plus aucun klaxon ni aucun bruit de moteur dans le cœur de la vieille ville où sont interdits les véhicules motorisés depuis quelques années. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Hoi An offre une sorte de voyage dans le temps, une plongée dans le Vietnam rêvé, imaginé, fantasmé.
Je logeais dans un petit hôtel légèrement excentré, au bord d’un ruisseau paisible, tenu par des gens vraiment gentils, dont un monsieur parlant un peu le français. J’ai pu leur emprunter un vélo pour aller à la plage située à 4km de là, et ainsi tester par moi-même la circulation vietnamienne pour la première fois (pas de panique chers parents et grands-parents, il n’y a pas beaucoup de circulation à Hoi An comparé aux autres villes !).
A part flâner dans la ville, manger, dormir, et me dorer la pilule à la plage, je n’ai pas fait grand-chose à Hoi An, et c’était très bien comme ça. Ville connue pour ses tailleurs et ses boutiques de prêt-à-porter, j’ai profité d’y être pour m’acheter un joli ensemble à motifs. J’ai également visité quelques musées du centre-ville, logés dans de magnifiques maisons traditionnelles en bois foncé. A vrai dire, les collections de céramiques qu’ils abritent, qui consistent en des vitrines exposant des morceaux de poterie, ne m’ont pas intéressée plus que cela, mais l’intérieur de ces demeures valait le détour ! Les marchés de jour et de nuit, que l’on trouve apparemment dans chaque ville du pays, donnent de la vie à cette cité touristique, grâce à leurs populations paysannes et modestes, à leurs fortes odeurs de fruits de mer et de poissonsd, à leurs bruits grouillants, permettant de ne pas complètement transformer Hoi An en ville musée.
Les lanternes de toutes les formes et d toutes les couleurs confèrent à Hoi An son atmosphère magique, notamment le soir, lorsqu’elles illuminent les rues et les quais. Evidemment, le centre-ville est bondé de touristes et de vendeurs de rue en tout genre, mais cela n’enlève rien au charme d’une balade nocturne. J’ai d’ailleurs remarqué une plus forte présence de Français à Hoi An que dans les autres villes de la côte (Mui Né et Nha Trang, les villes aux touristes Russes), signe peut-être d’un plus grand intérêt de la part de mes compatriotes pour la culture que pour le farniente et les hôtels de luxe ?
Pour être sincère, je n’ai pas tant de choses à raconter concernant Hoi An, les photographies que j’y ai prises parlent d’elles-mêmes je crois. C’est, il me semble, un endroit que l’on raconte mieux par des images que par des mots.


« Hué »

La route pour arriver à Hué depuis Hoi An est très belle, entre mer et montagne, et relativement rapide (seulement trois heures en bus). Vers 16h30, j’arrive à l’hôtel où j’ai réservé un lit dans un dortoir, histoire de faire des rencontres (en vain puisque j’y serai complètement seule les trois nuits passées à Hué). Sur les conseils du jeune homme de l’accueil, je vais diner dans le quartier touristique de la ville, à 15 minutes à pieds. Jusque-là, Hué semble être une ville vietnamienne classique, comme j’en ai déjà traversé quelques-unes. Pas de citadelle ni de cité interdite à l’horizon pour ce premier soir, elles se situent de l’autre côté du fleuve, je m’y rendrai le lendemain.

Chose dite, chose faite, je traverse le fleuve dès le matin bien décidée à découvrir cette fameuse cité impériale ! La citadelle royale abrite la cité pourpre interdite qu’occupait la famille impériale jusqu’en 1945 si je ne me trompe. Il me semble que beaucoup de bâtiments dans la cité impériale ont été réduits à néant tout au long de son histoire depuis le début du 19ème siècle, notamment par les Américains dans les années 60. Ceux qui sont encore debout suffisent cependant à éblouir les visiteurs. Les temples, les résidences, le théâtre, la salle du trône, les jardins sont autant de magnifiques vestiges dans lesquels il est très agréable de déambuler. L’immense étendue sur laquelle se déploie l’ensemble permet de ne pas être pris dans une foule de touristes. A plusieurs reprises, je me suis trouvée seule dans de merveilleux recoins de la cité, notamment dans un jardin abritant un petit temple, que les groupes de touristes n’atteignent apparemment pas. Ne m’étant pas renseignée avant la visite, j’en ai appris davantage sur la dimension sacrée de l’empereur et de sa famille, qui s’exprime à travers l’architecture religieuse. Les trois niveaux sacrés au Vietnam, que l’on retrouve dans les structures architecturales, sont la Terre, l’Humain et le Ciel. L’empereur est une échelle entre ces trois niveaux, qui fait le lien entre eux, au court de sa vie mais également dans la vie après la mort (d’où l’importance de vénérer les ancêtres royaux). Le lendemain de cette première visite, j’en ai appris encore plus, comme je l’expliquerai plus tard.

En sortant de la citadelle, je souhaitais trouver rapidement un lieu agréable pour déjeuner, et pour m’abriter de l’accablante chaleur. Malheureusement, je n’ai pas trouvé si rapidement et ai marché plusieurs kilomètres autour de la géante citadelle. Affamée, assommée par le soleil et agacée par la longue marche, je me suis finalement arrêtée dans le premier restaurant à touristes que j’ai trouvé après avoir traversé le pont pour rejoindre la rive de mon hôtel. J’y ai « dégusté » une « pizza » avant de rentrer faire une bonne sieste !

Pour la première fois de mon voyage, et de ma vie, j’ai réservé le lendemain une excursion touristique pour la journée, bus, guide et déjeuner compris. Cela me facilitait surtout pour aller visiter trois tombes royales situées à quelques kilomètres de la ville, et à distance les unes des autres. A 8h du matin, je me suis donc retrouvée dans un car avec des Vietnamiens, des Australiens, des Allemands, des Thaïlandais, une Taïwanaise, et un Américain, ainsi qu’une jeune guide bilingue vietnamien/anglais. Je l’ignorais mais la journée commençait par une visite partielle de la cité impériale, que j’avais vue la veille… Qu’à cela ne tienne, j’ai approfondi mes connaissances sur ce lieu extraordinaire et ai découvert de nouvelles parties comme le théâtre. J’ai par exemple appris qu’aucune femme ne pouvait entrer dans la cité par l’entrée principale au Sud, et que strictement personne excepté l’empereur ne pouvait emprunter la porte centrale de cette entrée principale sous peine d’être décapité immédiatement. Seuls les membres de la famille impériale, les familles aristocratiques et les mandarins civils et militaires avaient un droit d’entrée au sein de la cité impériale.

Mon petit groupe de touristes, la guide et moi avons ensuite pris un bateau sur le Fleuve des Parfums pour nous rendre dans une ancienne maison de mandarin où nous avons dégusté un thé au gingembre. Après quoi nous nous sommes rendus à la pagode de la Dame Céleste qui est agrémentée d’une tour à sept niveaux (chiffre sacré également). J’avoue ne pas avoir saisi toutes les explications en anglais mais le temple était très beau !

Est ensuite venu le temps de la pause déjeuner. Nous avons gouté des spécialités locales dans un restaurant du centre-ville et sommes repartis en direction des tombeaux des rois (enfin !).
Tout d’abord, le plus grand d’entre eux, le mausolée de l’empereur Minh Mang, composé de plusieurs pavillons, de jardins et de lacs. L’ensemble monumental représente le corps de l’empereur, de ses jambes à sa tête, en passant par ses bras et son ventre. Le corps de l’empereur a été enseveli sous la colline qui représente sa tête, mais on ne sait pas précisément où et personne n’a jamais entrepris de fouille par respect pour le défunt et sa vie après la mort. La porte d’entrée du mausolée ainsi que la porte menant à la fameuse colline n’ont été ouvertes et empruntées que deux fois chacune en presque 150 ans, lors de l’enterrement de Minh Mang et lors du centenaire de sa mort.
Par les dimensions colossales de ces monuments, on perçoit véritablement l’aspect sacré que revêt l’empereur dans la culture traditionnelle vietnamienne.

La deuxième tombe, Khai Dinh, était d’un tout autre style, plus récent (première moitié du 20ème siècle), et beaucoup moins étendue.

La troisième, ma préférée, est la tombe de l’empereur Tu Duc. C’est un endroit raffiné, calme et poétique, empreint de beaucoup de mystère. Cet empereur du 19ème siècle était en quelque sorte maudit. Mal aimé de son peuple parce qu’il coopéra avec les Français, et incapable d’avoir d’enfant à la suite d’une maladie de jeunesse, il a pourtant vécu longtemps et terminé ses jours dans son tombeau, dont la construction était achevée avant sa mort. C’est pourquoi on y trouve un pavillon de loisir, un théâtre et des bâtiments de résidence. Cet empereur était cependant un érudit romantique et poète, d’où peut-être la délicatesse de ce lieu à son image.

Entre la deuxième et la dernière tombe, nous nous sommes arrêtés dans un petit village pour assister à un spectacle de Kung Fu (oui, oui, le genre de spectacles folkloriques à touristes…). De jeunes hommes ont combattus devant nous, cassé des piles de briques et se sont enfoncés des lances dans la gorge (sans mourir évidemment). Vers 17h, nous nous sommes tous dit au revoir et avons chacun regagné nos hôtels. J’ai pris un avion le lendemain matin pour Hanoï, achevant ainsi mon séjour à Hué. Je suis contente d’avoir fait cette journée de visite guidée, sans laquelle je n’aurais pas eu le temps de voir autant de choses. Le groupe était petit, la guide jeune et sympathique, et nous n’étions surtout pas pressés. C’était finalement très appréciable de se laisser porter et transporter de cette manière, bien que j’aie eu la sensation de m’apparenter aux groupes de touristes asiatiques que j’ai toujours vus près de Notre Dame à Paris !
Le bilan de Hué ? Contrairement à Hoi An, ce n’est pas une ville dont chaque rue est habitée par le charme de l’ancien temps, mais la majesté du patrimoine qui s’y trouve fait honneur à sa réputation de capitale des lettres et de la culture au Vietnam.

« Tam Coc »

J’ai passé trois jours à Hanoï, mais je ferai mon récit de cette belle cité un peu plus tard, après y être repassée dans quelques jours.
Pour aller d’Hanoï à Cam Toc, j’ai pris un train à 9h du matin. En entrant dans le wagon encore vide pour m’y installer, je suis aussitôt agressée par une musique de variété vietnamienne à 200 décibels qui passe dans les hauts parleurs. Fort heureusement la musique s’arrête lorsque le train démarre, mais quelle torture ! A la gare de Ninh Binh, où je m’arrête pour rejoindre le village de Tam Coc qui est à quelques kilomètres, je ne suis pas la seule touriste à descendre. Il semble que nous ayons tous la même destination… pas très original mais tant pis !
A Tam Coc je loge dans une petite maison d’hôte tenue par une famille du coin, dans une chambre mignonne et un peu kitsch. Le village n’est pas très grand, assez calme et joli. Au centre, au bord du lac, se trouve l’embarcadère d’où partent les barques pour les balades dans la réserve. Le premier jour, en arrivant, je suis allée à bicyclette visiter un temple niché dans les montagnes et les grottes non loin de là. J’ai eu la chance de me retrouver seule dans l’une de ses grandes grottes au cœur de la montagne-sanctuaire pendant un quart d’heure, plongée dans le noir, écoutant le silence. A l’arrière de ce temple, par un petit chemin caché, on pouvait accéder à un lac dont les rives sont habitées par quelques chèvres et poules, ainsi qu’un cabanon de berger.

Le lendemain, j’ai fait la balade en barque depuis Tam Coc, accompagnée par un jeune homme argentin, puisque le prix d’une barque était pour deux personnes. La dame vietnamienne qui pagayait m’a demandée en français s’il était mon mari !
Tam Coc et la région de Ninh Binh, situés à deux heures de route au sud-ouest d’Hanoï, sont surnommés la Baie d’Halong terrestre, et je comprends mieux pourquoi désormais. L’eau serpente entre les pains de sucre, dans un calme absolu. L’on traverse des grottes en barque, dans lesquelles il faut nécessairement baisser la tête pour ne pas se heurter aux parois. La végétation luxuriante et verdoyante habille les montagnes jusqu’à leurs sommets, se reflète directement dans l’eau limpide et abrite incognito des animaux mystérieux qui poussent leurs cris en tout genre, brisant de temps à autre le silence qui règne.

Le soir même, j’ai fait la connaissance de deux Vietnamiens dans un bar du village, qui venaient eux-mêmes de se rencontrer dans leur hôtel. Un père de famille un peu déjanté mais très sympathique, qui vit depuis toujours en Islande et revient voir sa famille au Vietnam, et une jeune institutrice d’Ho Chi Minh qui revenait de Taïwan et en profitait pour voyager avant de rentrer. Avec cette dernière, nous nous sommes données rendez-vous le lendemain matin pour aller visiter ensemble les alentours.

Nous avons chacune enfourché notre bicyclette et sommes allées escalader la montagne Mua. Sous l’habituelle chaleur suffocante, nous avons gravis je ne sais combien de marches en pierre à flanc de montagne pour atteindre le sommet et jouer des coudes avec les autres touristes pour pouvoir admirer la somptueuse vue sur la « Baie d’Halong terrestre ». Au déjeuner, j’ai suivi les conseils de Vyn, mon acolyte vietnamienne, qui nous a fait nous arrêter dans un restaurant local où nous avons dégusté de petits poissons d’eau douce grillés avec du riz. Nous avons terminé la journée par une autre balade en barque à travers les montagnes, sur le site de Trang An, encore plus spectaculaire que celui de Tam Coc, où le dernier film King Kong a été en partie tourné il y a peu ! La rameuse nous a d’ailleurs raconté que certains villageois n’avaient pas été retenus pour faire de la figuration dans le film parce qu’ils étaient trop gros et ne paraissaient pas assez misérables pour le scénario !

A la tombée de la nuit, nous sommes rentrées à Tam Coc et nous sommes dit au revoir, en espérant peut-être nous recroiser un jour, soit lors de mon prochain passage à Ho Chi Minh, soit lorsque Vyn réaliserait son rêve de venir à Paris pour la Fashion Week !
J’ai pris le lendemain un minibus avec un couple de trentenaires parisiens pour me rendre sur l’île de Cat Ba et enfin découvrir la Baie d’Halong, après avoir été malade pendant la nuit… il fallait bien que j’attrape au moins une petite indigestion pendant mon séjour !
Je regrette un peu de ne pas être restée davantage à Tam Coc tant j’ai apprécié son calme et son atmosphère. Mais ce qui m’attendait à Cat Ba, que je raconterai dans un prochain article, valait la peine de quitter Tam Coc…


« Cat Ba – Baie d’Halong »

Lorsque que le soleil se couche à Cat Ba, depuis le vieux fort français sur la colline, on voit les centaines de bateaux de pêche sur le miroir de l’eau. C’est comme un miroir infini et éclatant sur lequel les montagnes sont des tâches sombres et les bateaux des mouches immobiles. L’horizon est alors vaste et rassurant, prenant, enchanteur. On se dit : voilà la Baie d’Halong. L’on ne peut alors que voir, écouter et penser au silence. Je n’étais pas seule assise en haut du fort, nous étions nombreux à venir admirer le spectacle. Pourtant, pas un bruit, ou seulement quelques chuchotements dans l’assemblée tournée vers la scène sur laquelle le soleil déclamait ses derniers rayons avant de mourir et disparaître derrière la mer lointaine. Cette scène de mort quotidienne, cette fin mélancolique qui chaque soir, chaque seconde autour du monde se répète, est contemplée par l’humanité depuis toujours, pour toujours.

Il y a aussi les bruits de la jungle qui couvre les montagnes de la baie. Quand on flotte sur l’eau, loin des plages et des bateaux à moteur, entre les pains de sucre, il y a tous ces cris dans les feuillages, qui bondissent en raisonnant et viennent glisser jusqu’à nos oreilles. Les cris des singes, des oiseaux et des insectes. Une cacophonie silencieuse, délicieuse puisqu’elle se mêle à l’immensité des montagnes dont les pieds sont plongés dans l’eau. On navigue paisiblement au cœur de ces lacs marins auxquels on accède par des passages en grotte. Je me suis sentie comme engloutie par la nature, par sa force luxuriante et maternelle, immergée dans un ventre chaud, calme et vivant.

Voici maintenant le récit plus détaillé de mon séjour sur l’île de Cat Ba.
La réputation de merveille naturelle que l’on prête à la Baie d’Halong est fondée, je peux désormais l’affirmer. Depuis la « Baie d’Halong terrestre » (cf : précédent article sur Tam Coc), j’ai rejoint la Baie d’Halong, la vraie. Etonnamment, les prix des hôtels sur l’île de Cat Ba étaient parmi les moins chers de tout mon séjour au Vietnam. Pour trois nuit dans une chambre équipée de deux grands lits doubles, d’une salle de bain et avec petit déjeuner compris, j’ai payé seulement 18 euros, soit 6 euros la nuit !
Je suis arrivée sur l’ile le soir, en même temps qu’un couple de parisiens très sympathiques rencontré dans le minibus depuis Tam Coc, dont je n’ai malheureusement pas eu le temps de prendre les coordonnées avant que nous nous perdions de vue. L’hôtel n’était pas vraiment joli, ni la rue dans laquelle il se situait, mais très central donc pratique pour accéder à toutes les activités de l’ile. Le soir même, le réceptionniste m’a vendue une excursion d’une journée en bateau dans la baie pour le lendemain, à un prix très attractif. Je n’ai pas hésité, et me voilà partie à 8h le lendemain avec plusieurs autres jeunes touristes dans un bus nous menant au bateau, alors que mon indisposition de la veille, que je trainais depuis Tam Cot, n’était pas encore tout à fait guérie. Je devais avoir la mine verdâtre quand je suis montée à bord de ce gros rafiot ! J’ai rapidement discuté avec un jeune couple de français, Mélanie et Thomas, que j’avais croisé le matin au petit déjeuner de l’hôtel. Nous avions accès au toit du bateau pour admirer la vue et bronzer par la même occasion, tandis que Johnny, le responsable du groupe, animait la visite à coups de recommandations et d’indications sur le déroulé de la journée : « Listen to me my friends ! Today we are kayaki, swimming in the bay and visiting the monkeys island ! Please give me back your badge at the end of the day before leaving the boat because eachone is very expensive, 100 000 vnd ! », le tout avec un superbe accent vietnamien.

Après une traversée de la baie d’Halong, tout le groupe s’est réparti dans des kayaks pour explorer les environs. Je me suis retrouvée avec un gaillard australien, Max il me semble, que je ne comprenais pas toujours puisqu’il parlait très vite et avec son accent australien, mais qui pagayait quasiment pour nous deux. Nous avons eu la chance d’observer deux petites singes à travers la végétation couvrant les pains de sucre que nous longions. De retour sur notre navire, nous avons déjeuné copieusement, et je me suis à nouveau assis à côté de Mélanie et Thomas, qui avaient entre temps fait la connaissance de Sandra et Victor. A cinq, nous avons formé un petit groupe de Français pour le reste de la journée ! Après déjeuner, le bateau s’est arrêté pour que nous puissions nous baigner, en sautant du pont. Certains faisaient des saltos, d’autres continuaient de boire des bières dans l’eau, et nous pouvions nager jusqu’à une petite crique à proximité.
La dernière étape de la journée fut l’île aux singes, bordée d’une plage de sable fin sur laquelle il est imprudent de laisser trainer ses affaires sous peine de les voir disparaitre dans la jungle, emportées par un petit macaque.
Johnny et son équipage nous ont finalement ramenés sur l’île, après que nous on ayons traversé un village de pêcheurs flottant au coucher du soleil.

Avec mes quatre acolytes, nous avons terminé cette belle journée en nous retrouvant le soir pour diner au restaurant à Cat Ba, et j’étais ravie de pouvoir partager un repas en discutant en français !
Le lendemain, l’effectif de notre petit groupe s’est réduit suite au départ de Victor, mais nous avons décidé de passer la journée ensemble et de visiter l’île en scooter. Une marche d’une heure nous a permis d’accéder à un magnifique point de vue dominant la réserve naturelle au cœur de l’île, après quoi nous avons déjeuné puis avons emprunté la route côtière afin de trouver une belle plage où se baigner. Le scooter que je partageais avec Sandra devait être en fin de vie, puisqu’il n’arrivait plus à démarrer lorsque nous étions toutes les deux dessus, c’est pourquoi Mélanie et Thomas ont dû me prendre sur le leur pour monter voir le coucher de soleil depuis l’ancien fort qui surplombe Cat Ba.

Le matin suivant s’est achevé mon séjour sur l’ile, j’ai pris un bus accompagnée de Sandra pour rejoindre Hanoi et passer mes deux dernières nuits au Vietnam.

LAOS

« Luang Prabang »

Déjà un mois passé au Vietnam. Le 10 novembre je prends un avion en direction du Laos, changement de décor. Reviendrai-je un jour au Vietnam ? Qui sait ? Je sens un petit pincement au cœur en quittant ce pays, lieu de mon premier voyage seule au bout du monde, mon premier saut dans le vide.
J’arrive à Luang Prabang dans l’après midi. Par le hublot de l’avion, j’admire déjà les montagnes vertes et touffues du Laos. Je sens que je vais aimer ce pays, c’est un pressentiment. La ville dégage quelque chose de spécial, qu’en tant qu’occidentale, peut-être, je n’ai senti nulle part ailleurs. Une quiétude naturelle. Un peu comme si l’esprit de la cité restait toujours le même, figé, éternel. Evidemment, il y a le centre historique plein de touristes et d’expatriés, mais je crois que l’âme de la ville n’est pas dénaturée, que ce sont les étrangers qui s’adaptent au lieu et non l’inverse (malgré le fait que chaque restaurant propose toute une sélection de burgers et de pizzas, comme dans tous les coins touristiques de la région). L’auberge de jeunesse où je dors pendant quatre nuits est vraiment agréable, pourvue d’une grande terrasse au bord d’un bras de rivière, entre les grands bambous, sur laquelle il est délicieux de se prélasser en bouquinant à la fin de l’après-midi.
Ma première journée complète à Luang Prabang est occupée par la visite de la ville, sous une fine pluie constante, ce qui me permet d’être seule en certains endroits. Comme par exemple en haut du Mont Phousi, qui surplombe la ville et abrite un vieux temple, je parviens à trouver un abri à l’écart du passage duquel je peux contempler la vue en écoutant tomber la pluie sur la végétation abondante. Partout dans la ville, surtout aux alentours des nombreux temples, de petits moinillons en orange se baladent, jouent et vaquent à leurs occupations. J’apprends d’ailleurs que chaque laotien est moine pendant au moins une semaine au cours de sa vie, et que seuls quelques-uns le sont de façon permanente. Les différents temples de la ville sont très beaux, parfois recouverts de dorures ou bien blancs, abritant de grandes statues dorées de Buddha.

Le deuxième jour, je ne fais pas grand-chose à part me prélasser dans un café et flâner encore dans la ville. En fin de journée, je rencontre Alex, un belge qui loge par hasard dans la même auberge que moi. Je dine ensuite a l’Utopia, le bar branché de Luang Prabang, où je discute un peu avec mon voisin de table, un photographe hollandais de 23 ans qui est arrivé depuis son pays jusqu’ici en faisant du stop !
Au petit déjeuner le lendemain, sur la terrasse de l’auberge, je retrouve Alex qui me propose gentiment de louer un scooter a deux pour se rendre à la cascade Kuang Si qui se situe à 30km de là. Nous partons donc sur les routes sinueuses et truffées de nids de poule. La cascade est impressionnante, d’une couleur bleue turquoise et les chutes semblent vertigineuses. Nous escaladons un peu avant de trouver une piscine naturelle en haut des chutes pour se baigner, a l’écart des touristes encore une fois. Là nous croisons un Anglais qu’Alex a rencontré la veille, accompagné d’une Belge flamande, avec qui nous poursuivons la route et la journée.

Le soir, après diner, Alex et moi nous rendons à l’Utopia pur retrouver l’Anglais mais ce sont finalement quatre autres garçons, un français et les autres d’Amérique du Sud, qu’il avait rencontrés quelques jours auparavant à Vang Vieng que nous croisons. Avant la fermeture du bar (à 23H30 !), une écossaise délurée qui vit à Luang Prabang depuis un an nous propose de nous emmener dans une boite de nuit laotienne très peu fréquentée par les occidentaux. Nous partageons donc un tuk-tuk pour nous y rendre et nous découvrons avec stupéfaction et enthousiasme un club laotien. Une musique à se percer les tympans, de jeunes laotiennes et laotiens festifs mais qui évitent pas mal les contacts physiques entre eux, une température très agréable à l’intérieur, contrairement à nos boites européennes qui sont surchauffées pour pousser à la consommation de boissons, mais aussi un grand monsieur d’une soixantaine d’années, le seul autre occidental présent, accompagné d’une ou deux demoiselles aux traits plutôt masculins… C’est après cette folle soirée luangprabangienne que je pars le lendemain matin pour ma prochaine étape, à quelques heures plus au Nord en minibus, Nong Khiaw.
J’en suis alors à la moitié de mon voyage, et je peux dire désormais que je suis « lancée », à tel point que je pressens déjà que le retour en France sera un peu difficile. Je me sens si bien, si loin, si libre, et je prends garde à véritablement savourer tous ces précieux moments. Ce voyage me permet de prendre conscience du bonheur que j’ai en France, fait de famille, d’amour, d’amis, de projets, de découvertes. Malgré la nostalgie inévitable qui m’attend quand je rentrerai, je serai heureuse de rentrer. Heureuse d’être partie, et heureuse de revenir.

« Nong Khiaw et Muang Ngoi »

La découverte de ces deux villages dans la montagne en bord de rivière, à quatre heures de route au Nord de Luang Prabang, a surement été l’un des passages les plus marquants de mon voyage.
J’arrive donc à Nong Khiaw en début d’après-midi, après quatre ou cinq heures de minibus sur la route laotienne, dans un état de légère gueule de bois suite à la soirée de la veille (c.f article précédent sur Luang Prabang), autant dire pas dans ma meilleure forme. Mon gros sac sur le dos, je traverse le village pour rejoindre l’autre rive, où se situent la plupart des hébergements touristiques. Là, je trouve une petite guesthouse qui propose des bungalows individuels au bord de l’eau pour huit euros la nuit. C’est un peu plus cher qu’ailleurs, mais je décide de me payer ce luxe ! Je passe le reste de la journée sur ma petite terrasse privative entre la chaise longue et le hamac, à récupérer ma soirée de la veille.

Le lendemain, après une grasse matinée et un petit déjeuner copieux, je reçois un message d’Alex le belge de Luang Prabang qui m‘avertit de son arrivée à Nong Khiaw et me propose de le rejoindre pour déjeuner avec trois personnes qu’il a rencontrées dans le minibus. Je rencontre donc Lily, Fabian et Andreas, deux allemands et un belge flamand qui voyagent tous en solitaires aussi. Une fois notre déjeuner terminé, le temps se gâte et nous pousse à nous réfugier dans une petite buvette du village. Pour passer le temps, nous commençons à faire des jeux de carte en buvant des bouteilles de Lao Beer. Forcément, après plusieurs heures de pluie, la nuit étant tombée et la faim se faisant sentir, nous sommes tous les cinq assez joyeux. Nous décidons d’aller diner dans un des restaurants du village et en chemin nous « récoltons » un sixième acolyte, allemand lui aussi. La soirée se termine dans ce qui semble être le seul bar du village encore ouvert après 22h30. Nous sommes les seuls clients, excepté un français à queue de cheval grisonnante qui parait être un habitué des lieux et nous prévient que nous devrons quitter les lieux avant 23h30 sans quoi la police serait susceptible de passer.
Seulement cinq heures de sommeil plus tard, à la suite d’une décision commune, nous nous retrouvons avant le lever du soleil afin de gravir l’une des montagnes qui entourent le village et admirer la vue depuis là-haut. Je crois, avec du recul, que c’était une mauvaise idée. Lily abandonne et rebrousse chemin au bout de quelques mètres seulement parce qu’elle a été malade toute la nuit. Je me retrouve donc seule avec les trois compères, Alex, Fabian et Andreas qui vont forcément plus vite que moi dans la montée. Pas après pas, je sens les bières de la veille remonter depuis mon estomac. La chaleur, déjà très forte à 6h du matin, ainsi que mon niveau sportif disons-le assez faible n’arrangent rien, et je passe la seconde moitié du chemin à travers la jungle à me demander si je vais pouvoir atteindre le sommet sans tomber dans les pommes !

Finalement, nous arrivons au viewpoint… pour ne voir absolument rien. D’épais nuages obstruent totalement la vue. Tout ce que nous pouvons admirer, c’est un groupe d’une quinzaine de thaïlandais qui est arrivé avant nous. Munis d’un attirail impressionnant de matériel photographique, ils prennent des centaines de photos d’eux-mêmes posant fièrement devant un fond blanc. Comme je le fais remarquer à Fabian, les photos pourraient avoir été prises n’importe où, ici comme à Dunkerque, rien ne prouve qu’elles aient été prises à Nong Khiaw, on ne voit rien du tout. Pleins d’espoir, nous attendons une heure et demie pour voir si les nuages disparaissent. A 9h30, toujours rien, il est temps de redescendre, déçus. La descente est presque plus difficile pour certains que la montée. Andreas le flamand n’en voit pas la fin, ses baskets de footing n’adhérant absolument pas au sol boueux et sa grande taille n’aidant pas. Moi je bénis mon petit gabarit et mes Palladium dotées de grosses semelles crantées. Enfin arrivés en bas, nous regagnons nos chambres respectives en silence, dans un épuisement presque total, pour prendre une bonne douche méritée. L’on se retrouve ensuite pour déjeuner, avant que Fabian, Alex et moi ne prenions le bateau qui doit nous emmener à Muang Ngoi, un village situé à une heure de navigation en amont de Nong Khiaw. Nous disons donc au revoir à Andreas, mais pas à Lily qui n’est toujours pas sortie de sa chambre, la pauvre.
Le trajet en bateau sur le Nam Ou n’est pas des plus confortables puisque l’embarcation est étroite et ne permet pas d’étendre les jambes, mais les paysages sont si beaux que cela ne fait rien. Lorsque nous débarquons à Muang Ngoi, plusieurs jeunes femmes nous proposent des offres d’hébergements. Nous optons pour trois chambres individuelles très simples au bord de la rivière, à cinq euros la nuit.

Notre journée suivante est dédiée au kayak, dans le but de rejoindre un autre village encore plus reculé en amont sur la rivière. Nous louons un kayak à « trois » places, mais en vérité j’occupe plutôt la place d’un gros sac passif au milieu des deux garçons qui rament. Ce n’est pas de ma faute, le loueur n’a pas voulu nous donner une troisième pagaie ! Pendant près de trois heures, mes pauvres compagnons Alex et Fabian rament sans cesse, à contre-courant. Nous traversons même des zones rapides où il leur est impossible de continuer à ramer. A un moment, le courant est si fort que malgré notre stratégie de nous accrocher aux branches du bord pour avancer, le kayak est une énième fois emporté vers l’arrière. Sauf que cette fois-ci, il se retrouve complètement perpendiculaire au sens du courant, ce qui le fait se renverser, et nous avec ! Toutes nos affaires tombent à l’eau avec nous. Heureusement Alex parvient à ne pas tomber entièrement du kayak. Je parviens à récupérer toutes les chaussures et sacs avant qu’ils ne s’éparpillent ou ne coulent. Je ne panique pas dans les premières secondes après la chute, mais lorsque je me retourne et voit le kayak s’éloigner un peu vite à cause du courant, je demande à Alex de me tendre une rame afin de m’y accrocher. En quelques instants, tous les faits divers à propos de touristes noyés dans des rivières à cause d’accidents bêtes me sont venus à l’esprit et je me suis dit que bien que j’aime nager, je ferais mieux de regagner ce foutu kayak au plus vite ! A la suite de ce petit incident que nous pourrons chacun raconter cet hiver au coin du feu, nous accostons sur une petite plage où se trouvent quelques bateaux afin de demander à l’un des pilotes de nous tracter au-delà de la zone des rapides. Par chance, un guide francophone se trouve là et nous aide à trouver quelqu’un, un adolescent à qui nous laissons un petit pourboire une fois qu’il nous dépose après les rapides. Avant de finalement atteindre le village, nous nous faisons offrir des bières par un groupe de laotiens qui pique-niquent au bord de la rivière. Le petit village est très calme, nous sommes les derniers visiteurs de la journée semble-t-il. Dans la rue principale, plusieurs échoppes présentent de beaux châles tissés par les habitantes. Nous croisons un homme qui tient dans ses mains un serpent qu’il vient de tuer non loin de là. Les enfants jouent et nous disent « sabaidee » en passant, les plus vieux somnolent devant leurs maisons. Bientôt le soleil commencera à descendre derrière les montagnes, nous ne nous attardons pas et regagnons notre embarcation accostée sur la plage du village.

Le retour est beaucoup plus facile et rapide, ce qui n’empêche pas Alex et Fabian d’arriver à Muang Ngoi pleins de douleurs au dos et de courbatures. Le lendemain matin, grâce (ou à cause) des conseils que Fabian a lu dans son guide allemand, nous nous levons encore une fois avant le soleil afin d’assister à la récolte des offrandes par les moines du village. Pendant une heure nous attendons sur des marches dans la rue principale, somnolents et seuls touristes déjà debout, ce qui semble amuser les villageois qui nous disent bonjour en passant tout en faisant leurs exercices matinaux. En pyjama parfois, ils (hommes et femmes) exécutent des mouvements de bras pour s’étirer pendant toute la longueur de la rue principale. Enfin, vers 6h30, de jeunes moines sortent du temple au bout de la rue, rangés en file indienne du plus grand au plus petit, et s’arrêtent devant chaque fidèle agenouillé qui leur tend des offrandes de nourriture. Nous essayons de nous mettre en retrait et d’être discrets pour prendre quelques photos de ce moment religieux. Quelques heures plus tard, il est temps de dire au revoir à Alex qui continue vers le Nord pour rejoindre le Vietnam, et de rebrousser chemin en bateau vers Nong Khiaw accompagnée de Fabian.

« Vang Vieng et Vientiane »

Je quitte le village de Nong Khoaw après y avoir passé une nuit supplémentaire, toujours dans mon petit bungalow privé qui était par chance disponible lorsque je suis revenue de Muang Ngoi. Pour rejoindre Luang Prabang, je monte à bord d’un bus vétuste, âgé d’au moins quarante ans, qui parvient à nous amener à bon port malgré l’état chaotique de la route et de ses pneus. Je passe une nuit à Luang Prabang puis je prends un minibus pour Vang Vieng, étape incontournable située sur la route qui va jusqu’à la capitale.

Là, je dors deux nuits dans une auberge de jeunesse très sommaire, et deux nuits dans une chambre d’hôtel plus cosy. Pendant trois jours, je me repose, profite des cafés et restaurants de la ville, visite les alentours à vélo ou à pieds et fait la rencontre de deux ou trois personnes sympathiques. Les grottes et les lagons autours de Vang Vient sont plutôt jolis, bien qu’ils soient souvent envahis par des troupeaux de touristes chinois en gilets de sauvetage qui s’amusent à sauter dans l’eau en hurlant.

Je fais aussi une très belle balade dans la campagne des environs de la ville, entre champs de paille et hauts pains de sucre, je ne croise quasiment personne si ce n’est de gros buffles qui broutent. Vang Vient était encore réputée il y a quelques années pour être un eldorado de la fête et de la drogue pour les jeunes touristes occidentaux. Un trop grand nombre de drames, overdoses et noyades ont poussé le gouvernement lao à restreindre ces pratiques. Les habitants ne voulaient plus s’approcher des rives de la rivière sous prétexte qu’elles abritaient les âmes perdues des jeunes touristes décédés ! J’y reste quatre nuits un peu par dépit, parce que je n’ai pas le temps d’ajouter une étape à mon parcours jusqu’à Vientiane où je dois prendre un avion seulement quelques jours plus tard. J’aurais tout de même profité de mon séjour à Vang Vieng pour bien me reposer et manger une excellente pizza.

Dans le car qui me mène à Vientiane, je rencontre Francesca, une grenobloise de mon âge qui voyage pour une durée similaire à la mienne. Nous papotons tout le long du voyage et déjeunons ensemble en arrivant. Nous nous retrouvons également le soir pour déguster une assiette de fromages dans un restaurant belge… à ce stade du voyage, il est de plus en plus difficile de résister aux aliments occidentaux qui nous manquent.

Le dimanche matin, je rejoins à nouveau Francesca pour explorer la ville. Nous visitons quelques temples et lieux emblématiques de Vientiane. En fin d’après-midi, je retrouve Sophie et son copain Etienne, une amie de Science Po de mon amie Julie, qui est en stage ici dans une ONG pour six mois. Nous partageons un agréable diner indien et échangeons a propos de la culture lao. Le lendemain je me promène à pieds dans la ville, en plein soleil. C’est une ville calme et agréable, à taille humaine, même si l’architecture n’est pas la plus impressionnante qui soit, les rives du Mékong au coucher du soleil valent le détour.

Je quitte Vientiane et le Laos le lendemain matin par avion pour me rendre à Phnom Penh au Cambodge où David me rejoindra un jour plus tard ! C’est ainsi que se termine mon séjour dans ce petit mais beau pays. Les deux courtes semaines que j’y ai passé sont passées trop vite et je regrette quelque peu d’avoir « perdu » du temps au début de mon voyage dans le Sud du Vietnam, selon moi beaucoup moins intéressant… tant pis, cela me fera un prétexte pour revenir ! J’ai aimé le Laos pour ces paysages montagneux, son atmosphère spirituelle et pour ce qu’il m’a fait ressentir. En quittant la France, je savais que je me rendais dans des pays dits pauvres, notamment le Laos. Quand j’étais dans le minibus pour le village de Nong Khiaw, j’ai vu par la fenêtre des maisons faites de planches et de taule, des villages dépourvus ou presque d’électricité et d’eau courante, des équipements faits de bric et de broc et surtout des gens vivant là, si loin de ce que je connais en France. En premier lieu, je me suis sentie mal et un peu coupable de venir ainsi visiter leur pays avant de retourner tranquillement chez moi dans mon pays riche. Puis les heures passant, après quelques discussions avec d’autres voyageurs, j’ai changé de point de vue, et me suis aperçue que la pauvreté est relative et n’est pas synonyme de misère. Dans les villages du Nord du Laos, les habitants semblent vivre assez paisiblement, et ne veulent surtout pas renoncer à leur rythme de vie, actuellement menacé pas la construction intempestive de barrages géants sur la Nam Ou par des investisseurs chinois. Evidemment les Lao sont nombreux à tenter de profiter de la récente manne touristique, afin de gagner plus d’argent, d’augmenter leur niveau de vie et permettre à leurs enfants d’accéder à des études pour peut-être prétendre à un avenir meilleur. Evidemment l’accès à la santé et à l’éducation est extrêmement limité et j’ai pu encore une fois mesurer l’étendue de mes privilèges concernant ces éléments essentiels. Pourtant, j’ai vu des enfants jouer et aller à l’école, j’ai vu des vieux faire la sieste a l’ombre des maisons, j’ai vu des gens travailler, d’autres profiter d’un repas entre amis, j’ai vu des jeunes trainer en bande en écoutant de la musique. J’ai donc cessé de croire bêtement qu’une vie simple et modeste est forcément synonyme de détresse et d’une volonté de s’en échapper. Ce sont surement des impressions et des idées banales et un peu réductrices, mais pour être honnête, c’est ce qu’il s’est passé dans ma tête durant mon passage au Laos. J’ai aussi et surtout adoré les montages et les rivières que j’y ai vu, ainsi que les temples aux grands Buddhas dorés autour desquels passent furtivement les petits moinillons vêtus d’orange. Je me souviendrai également du sourire un peu moqueur mais gentil de beaucoup de Lao que j’ai croisés et salués. Le calme, ce calme serein si particulier, m’a frappée avec douceur et j’espère un jour pouvoir le retrouver si j’ai la chance de revenir au Laos.

CAMBODGE

« Phnom Penh »

En arrivant à l’aéroport de Phnom Penh, je prends note de chaque étape entre l’obtention du visa et la commande d’un tuktuk sur l’application PassApp, en passant par l’achat d’une carte téléphonique pour ensuite refiler tous les tuyaux à David qui débarquera le jour suivant. L’hôtel dans lequel je nous ai réservé une chambre pour quatre nuits est très central, non loin du fleuve et des principaux monuments, mais il n’est pas des plus jolis. Tant pis cela fera l’affaire, il y a tout le nécessaire. Le soir de mon arrivée, je retrouve le jeune couple de Lyonnais, Mélanie et Thomas, que j’avais rencontré à Caf Ba au Vietnam. Nous dinons ensemble avec un autre couple de Français, Parisiens, qu’ils ont rencontré le jour même dans leur bateau, après nous être pris une sacrée averse sur la tête !
Le lendemain matin, je me lève et vais me poster dans le café en bas de l’hôtel pour attendre mon cher et tendre dont je ne connais pas exactement l’heure d’arrivée. Au bout d’une heure et demie d’attente à guetter chaque tuk-tuk qui passe (et cela fait beaucoup), j’aperçois enfin une tête familière ! David descend de son tout premier tuk-tuk et se dirige vers moi en souriant. Après nos instants de retrouvailles, il semble réaliser qu’il s’est fait avoir par le chauffeur de tuk-tuk… en effet, 10$ pour le trajet depuis l’aéroport, c’est un peu cher en comparaison des 3$ que j’ai payés la veille. Cela ne fait rien, ce sera son vaccin d’arrivée. La journée se passe calmement puisque David dort tout l’après-midi. Nous visitons le centre ville le lendemain et faisons en sorte que David récupère le plus rapidement possible. Le jour suivant, nous nous rendons à la prison S21, le musée du crime génocidaire. Pendant plus de deux heures, équipés d’audioguides en français, nous arpentons avec difficulté les quatre bâtiments lugubres qui abritèrent durant quatre ans les abominations perpétrées par les Khmers Rouges. Cet ancien lycée fut réquisitionné par le régime des 1975 pour y installer la plus secrète de ses prisons. Vingt-mille personnes y furent emprisonnées et torturées jusqu’en 1979, seules douze d’entre-elles en sortirent vivantes. Les motifs d’emprisonnement dérisoires et les pratiques de torture abominables que l’on nous décrit au cours de la visite donnent presque la nausée. Les bâtiments sont quasiment restés tels qu’ils ont été trouvés en 1979 par les Vietnamiens, ce qui amplifie la sensation de malaise que l’on ressent… 1979, c’est très récent… ce n’est même pas dix ans avant la naissance de David. Nous sortons chamboulés et un peu accablés de ce lieu chargé en mémoire, avec l’idée sombre en tête que ce genre d’histoire se répète beaucoup trop souvent, et partout. Afin de nous changer les idées, nous allons faire un peu de shopping au marché russe non loin de là, qui dispose d’un grand choix d’échoppes à souvenirs. Le soir, avant de diner, nous décidons de faire un tour de bateau sur le fleuve pour admirer le coucher du soleil, sauf que le navire démarre avec une heure de retard, dans le noir total… ravis (pas du tout) d’avoir payé 5$ chacun pour ce tour de nuit, nous rentrons diner et nous coucher pour notre dernière nuit à Phnom Penh.
Malgré une architecture éclectique et plutôt récente, j’ai apprécié l’atmosphère très asiatique de Phnom Penh avec ses marchés grouillants, ses odeurs fortes, ses couleurs, ses temples et palais dorés, ses innombrables tuk-tuks.

« Kampot »

De bon matin, David et moi prenons un car dans le centre de Phnom Penh à destination de Kampot dans le sud du pays. Nous arrivons en milieu d’après-midi dans cette petite ville provinciale qui ne possède en elle-même pas de grand intérêt esthétique ou culturel. Notre hôtel est excentré, en bord de fleuve, et propose d’authentiques bungalows en feuilles de bananiers, ainsi qu’une très agréable terrasse sur l’eau. Tellement agréable que nous décidons d’emblée de rester trois nuits plutôt que deux.

Notre première journée à Kampot est occupée par l’exploration de la réserve naturelle située à quelques kilomètres de là, dans les montagnes. Pour nous y rendre nous louons un scooter que David conduit (je ne préfère pas prendre le risque de tenter l’expérience connaissant mes talents de pilote). La route de la réserve est étonnamment bien entretenue, ce qui contraste considérablement avec le reste des routes de la région (et du Cambodge en général). Nous sillonnons ainsi sur plusieurs kilomètres, nous arrêtant pour admirer les points de vue ou découvrir une cascade.

En fin d’après-midi, nous passons acheter quelques souvenirs dans une petite boutique artisanale de Kampot, puis nous décidons d’aller voir le Secret Lake de l’autre côté de la ville. Il fait très chaud et nous empruntons des pistes sinueuses à travers la belle campagne environnante. Les hauts cocotiers se détachent sur le ciel bleu tout en conférant un peu de verticalité à l’horizon des champs de riz. Nous passons devant de jolies maisons en bois sur pilotis, peintes en bleu foncé et rouge, entourées de bananiers et de grandes vaches maigres et blanches qui paissent calmement sous le soleil de plomb. Nous atteignons finalement le Secret Lake mais ne nous y attardons pas. De toute façon, nous y retournerons dès le lendemain.

Après nous être renseigné dans les guides et autres sites internet, nous décidons pour notre dernière journée à Kampot de visiter La Plantation, une ferme de poivre des alentours. Toujours en scooter, par la même piste ocre et poussiéreuse, nous arrivons a la Plantation. Il s’agit en fait d’une ferme fondée par un couple franco-belge qui s’est épris de la région et de son poivre réputé il y a quelque années et a décidé d’investir afin de donner un second souffle à la production de ce fameux poivre. Le domaine, qui s’étend sur plusieurs hectares, est situé près du Secret Lake et accueille chaque jour des visiteurs afin de leur faire découvrir la culture du poivre de Kampot. Les explications sont données par de jeunes bénévoles de toute nationalité, gratuitement. La Plantation récolte des fonds grace aux produits que les touristes achètent et aux deux restaurants situés sur le domaine. Un jeune homme belge nous fait déguster différentes variétés de poivre et nous donne des explications a travers les plants de poivre. Nous apprenons comment se cultive ce poivre particulier, qui ne pousse qu’a Kampot en raison de la présence d’un micro climat, mais également que la Plantation emploie plus d’une centaine d’habitants de la région à l’année et encore davantage pendant les récoltes, tout en finançant une école dans le village adjacent. Nous terminons la visite en déjeunant un délicieux Lok Lak local assaisonné de poivre évidemment, dans l’un des deux restaurants, après quoi nous décidons de faire une balade dans une charrette tirée par deux buffles d’eau, que la Plantation propose contre un petit tarif. Avec joie nous assistons au bain des deux buffles qui se jettent littéralement dans l’eau du lac une fois arrivés au bord. La campagne est vraiment magnifique et d’un calme apaisant. Nous quittons la Plantation emplis de bons souvenirs et de belles impressions.
Le lendemain matin, il est temps de quitter notre charmant hôtel et notre bungalow, pour nous rendre a Sihanoukville en bus d’où nous prendrons un bateau pour aller sur une petite ile, Koh Ta Kiev.

« Koh Ta Kiev »

Atteindre la petite ile de Koh Ta Kiev, au large de Sihanoukville, n’est pas chose facile, comme nous avons pu en faire l’expérience. Partis de Kampot le matin, nous arrivons à l’aéroport de Sihanoukville à pieds après que le chauffeur de bus nous ait déposés au bord de la route en nous indiquant à peine la direction à suivre. Là, nous retirons de l’argent liquide au distributeur et tentons de trouvera un tuktuk qui nous emmènerait à 7km plus loin pour prendre un bateau. Malheureusement, le lobby des taxis de Sihanoukville semble avoir interdit l’accès des tuktuks dans la zone de l’aéroport pour en garder le monopole. Après nous être fait accostés (presque harcelés) par des dizaines de taximans qui demandent 12 ou 15$ pour faire 7km, nous en trouvons un qui nous prend pour « seulement » 8$. Comme nous l’a conseillé par email un des employés de la GuestHouse où nous allons loger sur l’ile, le taxi nous dépose près d’un établissement en bord de plage pour prendre un bateau. C’est presque désert, l’hôtel restaurant en question a l’air abandonné tant il est vide et décrépi. Un homme qui somnole dans son hamac à la réception nous annonce le prix de la traversée : 25$ ! Rien que ça… il n’y a pas d’autre commerce autour, hormis de petits bouibouis, il fait chaud, nos sacs sont lourds et nous sommes au milieu de nulle part. À contre cœur, malgré un essai de négociation de la part de David qui reste sans succès, nous acceptons de monter dans ce rafiot de luxe. Au bout de 20 minutes de navigation entre la côte et l’ile, nous accostons enfin sur la plage où se trouve notre GuestHouse. Quelques petits bungalows en feuilles de bananier et en bambou, un restaurant et des hamacs, le tout à dix mètres de la mer, voilà à quoi ressemble l’hôtel ! La plage est quasiment déserte, nous nous sentons comme des Robinson Crusoë. Pas de connexion à internet, pas d’électricité pendant la journée, pas d’eau chaude, nous sommes coupés du monde pendant deux jours.
Les activités ne sont pas nombreuses sur cette petite ile. A part nous prélasser dans l’eau transparente et chaude ou sur le sable blanc, bouquiner dans un hamac, marcher le long de la plage, manger et dormir, il n’y a rien faire a Koh Ta Kiev, et c’est cela qui est appréciable. Nous en profitons aussi pour faire un shooting photo, histoire de profiter du cadre et de faire baver d’envie tout le monde en France (mais gentiment) ! La seule regrettable tache sur ce parfait tableau, ce sont les déchets amoncelés sur le rivage… ils donnent un aspect triste à ce lieu pourtant paradisiaque. La GuestHouse voisine, à une crique de là, est tenue par des hippies et semble plus abouties que la nôtre, avec des bungalows dans les arbres et des cours de yoga quotidiens. Évidemment les prix ne monde en France (mais gentiment) ! La seule regrettable tache sur ce parfait tableau, ce sont les déchets amoncelés sur le rivage… ils donnent un aspect triste à ce lieu pourtant paradisiaque. La GuestHouse voisine, à une crique de là, est tenue par des hippies et semble plus abouties que la nôtre, avec des bungalows dans les arbres et des cours de yoga quotidiens. Évidemment les prix ne sont pas les mêmes. Hippies oui, bénévoles non. sont pas les mêmes. Hippies oui, bénévoles non.
Après deux jours et deux nuits de farniente (au moins de décembre c’est encore plus jouissif), nous reprenons un bateau pour nous rendre à Sihanoukville, plus précisément à Otres Beach, ou nous passons deux nuits dans un joli hôtel. La ville de Sihanoukville est assez laide et surtout très sale, nous ne sommes pas mécontents de la quitter pour prendre un bus de nuit en direction de Siem Reap et des temples d’Angkor !

« Siem Reap et les temples d’Angkor »

Au bout d’une interminable nuit dans un bus couchette, durant laquelle ni David ni moi ne parvenons à véritablement fermer l’œil tant la vitesse du véhicule sur les routes nocturnes du Cambodge nous impressionne, nous voilà enfin arrivés à Siem Reap, la ville des temples d’Angkor ! Notre première journée dans la ville consiste à patienter dans le hall de notre hôtel en attendant que notre chambre soit prête et à organiser notre excursion du lendemain dans les temples. Nous souhaitons trouver un conducteur de tuk-tuk qui nous fasse un bon prix et qui parle un peu anglais. Sur les conseils de Paul, nous avions contacté le jeune homme qui lui avait fait visiter le site avec son tuk-tuk quelques mois plus tôt, mais il ne nous a pas répondu à temps. Heureusement, nous tombons par hasard sur Mr. Sakhorn, juste en face de l’hôtel, qui semble expérimenté et qui se débrouille avec l’anglais. Il sera notre homme pour les trois jours à venir, nous convenons ensemble d’un prix par journée pour deux personnes : 20$.
Le lendemain matin, excités et en tenues de combat (c’est-à-dire les épaules, les coudes, les genoux et même les chevilles couverts), nous montons dans le tuk-tuk de Mr. Sakhorn comme nous monterions dans notre carrosse et filons en direction du parc d’Angkor, situé à quelques kilomètres de Siem Reap. L’entrée du site, passage obligatoire pour chaque visiteur, ressemble à celle d’un parc d’attraction. Tout est neuf, lisse, luisant, moderne, riche. Là, nous achetons nos pass pour trois jours de visite, 62$ par personne, puis nous reprenons notre route vers le plus connu et le plus grands des temples : Angkor Wat.
Tandis que nous approchons, je devine au dessus de la cime des arbres, au loin, les célèbres pointes des tours en pierre foncée. Je suis alors impressionnée, un peu émue et ne cesse de répéter à David « Tu te rends compte, nous sommes à Angkor ! Je n’y crois pas ! ». Me voilà finalement arrivée, après deux mois de voyage, dans ce lieu empreint de mystère et de lointain, teinté de rêves et d’imaginaire qui me semblait il y a peu inaccessible. Tout est à découvrir, en cet endroit du monde qui abrite une part de l’histoire humaine dont j’ignore presque tout, et je ne peux m’empêcher de penser à Maman, qui aimerait tant voir ce que je vois. Je suis heureuse d’être ici un peu pour elle. David, quant à lui, trépigne d’impatience à l’idée de déambuler au milieu de ces monuments qui incarnent pour lui les contes exotiques de son enfance, mais aussi les films qui ont bercé son imagination depuis toujours. Qui sait, avec de la chance, il croisera le Roi Louis du Livre de la Jungle ou Lara Croft de Tomb Raider ?

Pour le moment, nous ne croisons que des hordes de touristes, armés de perches à selfie et de couvre-chefs douteux, à travers lesquelles nous essayons de nous frayer un chemin jusqu’au pavillon d’entrée d’Angkor Wat. Ce pavillon, composé de trois imposantes porte reliées entre elles par des galeries, cachent le temple de notre vue tant que nous sommes en dehors de son enceinte. Il nous faut traverser les douves monumentales et passer par ce porche gigantesque pour enfin apercevoir, au bout d’une longue allée en pierre bordée de sculptures, les cinq tours brunes en forme de lotus.

La chaleur est comme toujours accablante. Il est alors midi, et la lumière écrase le temple qui paraît très sombre, ses contours dessinés sur le ciel bleu aride.
Nous sommes éblouis par la beauté de cette architecture si inédite pour nos yeux occidentaux. Les dimensions impressionnantes d’Angkor Wat et les détails somptueux des bas reliefs qui ornent les murs, nous propulsent dans un enchantement esthétique indéniable. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de songer à un enchantement encore plus grand s’il nous était permis de visiter le lieu complètement seuls. En effet, le flot de touristes présents à Angkor, particulièrement à cette période de l’année, ternie la visite et ôte beaucoup de magie à l’expérience. Certes, nous sommes nous aussi des touristes qui venons gâcher la visite d’autres misanthropes/agoraphobes en quête de magie solitaire, et nous regrettons quelque peu que le tourisme de masse (nous y compris), envahisse et dénature ainsi des lieux si merveilleux. Ces considérations faites, nous profitons tout de même de la visite avec plaisir et curiosité, slalomant entre les objectifs d’appareils photo et les groupes de Chinois.
Par chance, nous apercevons quelques macaques dans les galeries d’Angkor Wat, qui abritent d’ailleurs un chef-d’œuvre de la sculpture en bas relief. Une gigantesque fresque mythologique se déploie sur la totalité des murs de ces galeries qui encerclent les cinq tours et retracent les guerres et les victoires du roi qui fit construire ce temple légendaire. Le temps a remarquablement bien conservé les détails sculptés de cette fresque datant du XIIème siècle.

Quelques moines bouddhistes se promènent également dans le temple et acceptent parfois, comme j’ai pu l’observer, de se laisser prendre en photo par des touristes, ce qui n’est habituellement pas admis dans les temples… Si je ne me trompe pas, Angkor Wat est le plus grand lieu de culte bouddhiste encore en activité d’Asie. La chaleur et la faim nous font quitter Angkor Wat pour rejoindre notre tuk-tukman, qui nous dépose aussitôt devant un restaurant à touristes pour déjeuner. Après quoi, nous continuons l’excursion vers le temple Bayon, d’un autre style, plus petit mais tout aussi beau. Paul, venu ici pendant l’été avec son ami Félix, m’a laissé un signe dans ce temple, comme je le lui avais demandé. Il m’a indiquée par message et photos la localisation exacte du signe dans ce temple, nous nous amusons donc à chercher la trace qu’il nous a laissé. Je trouve l’endroit, sous une pierre dans un coin tranquille du temple, mais malheureusement, le signe n’est plus là… Paul m’apprendra plus tard qu’il s’agissait d’un petit bout de papier contenant à graff, qui a certainement dû disparaître depuis le mois d’août, détruit par les intempéries et les petites bêtes. Quoi qu’il en soit, j’ai apprécié le fait de savoir que mon frère s’était trouvé exactement au même endroit, avait soulevé la même pierre, dans ce temple ancestral à l’autre bout du monde, quelques mois avant moi.

Nous terminons la journée en visitant deux autres temples, plus anciens et moins gigantesques, mais aussi moins fréquentés, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

La deuxième journée de visite se déroule comme la première, nous découvrons plusieurs autres temples, beaucoup plus vides que le grand Angkor Wat. Notamment Preah Khan, un temple conçu en quatre galeries qui se rejoignent au centre, formant une croix géante d’un seul niveau. Au milieu, dans une sorte de cour intérieure, se trouvent de magnifiques tourettes sanctuaires, appelées « prasats », ornées de centaines de bas-reliefs représentant des déesses dansantes et des éléments floraux ou animaux. En contournant le temple par l’extérieur après l’avoir traversé dans sa largeur, nous tombons sur un endroit presque surnaturel. Un arbre a poussé sur le toit d’une galerie, ses racines ont suivi les contours des fenêtres, ce qui donne l’impression d’une architecture végétale naturelle. La nature semble ici être si abondante et puissante qu’aucune construction humaine ne lui résiste. Rien de tel en France ou en Europe, où les arbres font la moitié de la taille de ceux d’ici. Rien d’étonnant à ce que les temples d’Angkor aient été recouverts et cachés par la jungle pendant des siècles. David et moi nous plaisons à imaginer ce qu’ont ressenti les explorateurs du XIXème siècle en découvrant ces vestiges merveilleux sous la végétation tropicale, que personne n’avait pu contempler depuis si longtemps.

En fin de journée, nous décidons de retourner à Angkor Wat, le roi des temples, afin de profiter d’une meilleure lumière que la veille. Sans surprise, le site est encore rempli de troupeaux de touristes, mais cela ne fait rien, nous profitons de la beauté d’un coucher de soleil près de la fresque en bas-reliefs où il n’y a presque personne. Avant cela, nous tentons de prendre quelques photos avec le monument en arrière-plan, ce qui n’est vraiment pas chose facile étant donné qu’il faut presque faire la queue pour trouver une place au milieu des touristes. Au moment où je m’apprête enfin à poser face à l’objectif de David, déjà lassée par ce jeu touristique qui consiste à reproduire la même photo souvenir que mes voisins du monde entier, une dame chinoise me fait signe avec sa main de dégager de son champ de vision afin qu’elle puisse photographier une de ses camarades. Moi qui ai gentiment attendu mon tour, je suis interloquée et lui fait comprendre que non, je ne me pousserai pas avant d’avoir pris ma photo ! David appuie rapidement sur le déclencheur et nous fuyons vite cet endroit maudit envahi par la culture du selfie narcissique. Vous l’aurez compris, la forte densité de visiteurs a quelque peu terni notre découverte des temples d’Angkor, mais avec un mois de recul, nous sommes tout de même enchantés d’avoir eu la chance de visiter ce lieu exceptionnel, auquel aucun troupeau de touristes en furie ne peut ôter son charme et son mystère.

La dernière journée de visite est beaucoup plus brève que les deux précédentes. Monsieur Sakhorn nous emmène voir deux ou trois temples dans la matinée, dont le plus anciens de tous, Preah Ko datant du VIIIeme siècle, puis il nous annonce que nous allons visiter un village flottant de pécheurs sur l’immense lac Tonlé Sap. Nous sommes très contents mais nous déchantons rapidement puisque une fois arrivés, on nous fait comprendre que si nous voulons simplement visiter le village, il faudra payer 25$ par personne… ajoutés au 10$ par personne pour la journée de tuk-tuk et la journée de visite des temples comprise dans le pass trois jours à 62$ (donc environ 20$ la journée par personne), cela reviendrait à 55$ pour cette journée de visite, sans compter les repas au restaurant… bref, c’est beaucoup trop cher pour nous, nous l’expliquons a Monsieur Sakhorn qui nous propose d’aller visiter le musée d’Angkor situé dans la ville de Siem Reap, dont l’entrée coûte… 20$ par personne ! Décidément, les prix explosent ici au Cambodge semble-t-il, avec ce billet de musée plus cher qu’une entrée au Louvre à Paris. Tant pis, notre journée se termine vers midi, nous demandons à Monsieur Sakhorn de nous ramener à l’hôtel. Sur la route du retour, nous croisons un cortège religieux dans un village, suivi par tous les habitants du coin, en moto, à pieds ou en charrette. Les enfants nous disent « hello » en souriant, je ne sais pas s’il s’agit d’une cérémonie funéraire ou d’un mariage. Nous passons l’après midi à dessiner et écrire dans un café du quartier de notre hôtel.

Nous décidons de retenter notre chance avec les villages flottants du lac Tonlé Sap le lendemain, en prenant un autre tuk-tuk qui accepte de nous amener aux abords du lac à une vingtaine de kilomètres et de nous ramener le soir à Siem Reap. La route nous semble interminable tant la circulation est effrayante ! Notre petit tuk-tuk se fait sans cesse doubler par d’énormes bus et camions, nous envoyant des nuages de poussière dans le nez et les yeux, le tout sur une route à deux voies évidemment. Une fois arrivés à l’entrée d’un village du lac, nous sommes comme pris au piège par une sorte de douane, qui nous informe que nous pouvons visiter le village à condition de payer, là encore, 25$ par personne… C’en est trop, nous avons véritablement la sensation d’être des vaches à lait ou des millionnaires américains qui peuvent se permettre de débourser l’équivalent d’un plein de course à Paris pour la moindre visite ici. Contrairement au Laos et au Vietnam, le Cambodge ne semble pas réguler les prix des attractions touristiques, ce qui donne des tarifs impressionnants pour cette région du monde. Je ne payerai pas en France 20€ pour visiter un village pittoresque, pourquoi le ferai-je ici ? D’autant plus que la fin du voyage approche et que notre budget initial est bientôt dépassé. Nous remontons bredouille dans notre tuk-tuk qui rebrousse chemin et nous ramène à l’hôtel, par la même route effrayante. Nous avons d’ailleurs la mauvaise surprise d ‘apercevoir une personne décédée au bord de la route, cachée sous un drap blanc, derrière l’énorme camion qui l’a semble-t-il percutée et envoyée dans le fossé.
Nous quittons Siem Reap le matin du 6ème jour, dans un bus qui nous emmène à Battambang, une des villes les plus importantes du Cambodge, dont l’économie dépend de la production de riz.
Les temples d’Angkor resteront un souvenir mémorable pour moi. Lorsque je m’y replonge, presque deux mois plus tard, je parcoure en rêve ces architectures mystérieuses, lointaines, et je réalise que j’étais là-bas, de l’autre côté de la planète, au cœur d’un chef-d’œuvre de l’humanité qu’il ne me sera peut-être pas donné de revoir un jour.